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« Malgré les optimisations, il y a surcoût… »

, par Gilles Solard

Laurent Kamiel, directeur des flux de l’enseigne Franprix, est revenu sur l’expérience d’acheminement des marchandises par barge à Paris, entamée en 2012. D’où il ressort que le transport fluvial manque encore de maturité.

Stratégies Logistique : Rappelez-nous l’origine de votre projet ?
Laurent Kamiel : Franprix dispose d’un entrepôt à Chennevières sur Marne, à 4 ou 5 kilomètres du port de Bonneuil-sur-Marne. Il devenait intéressant de faire transporter les produits d’épicerie sèche et de droguerie par barge de Bonneuil-sur-Marne au quai de la Bourdonnais, au pied de la tour Eiffel, distante de 20 km. A partir de ce quai, nous alimentons depuis août 2012 une centaine de magasins Franprix dans Paris quotidiennement avec sept camions effectuant 4 à 5 rotations pour assurer l’équilibre économique de ce projet important. Le fluvial représente en effet 20% des marchandises qui entrent dans Paris pour Franprix puisque l’épicerie représente 60% des volumes qui arrivent dans les magasins.

SL : il y a combien de magasins Franprix en France ?
L.K. : L’enseigne Franprix est très parisienne parce que, sur 900 magasins en France, il y en a 800 en région parisienne dont 350 dans Paris. C’est ce qui justifie ce projet par le volume et la densité de magasins dans Paris. Au niveau du Groupe Casino, il y a également l’enseigne Monoprix qui réalise l’approvisionnement de ses magasins parisiens avec le train. Il y a donc une volonté du Groupe de travailler sur de nouvelles approches alternatives à la route. C’est de l’avance concurrentielle pour anticiper les contraintes de demain en termes de taxes ou d’accès aux villes tout en apportant de la régularité aux magasins en ayant la marchandise le matin en cœur de ville.

SL : Le transport fluvial entraine-t-il un surcoût ?
L.K. : Avec Norbert Dentressangle, qui coordonne les différents acteurs comme le batelier, les manutentions et qui assure la livraison du dernier kilomètre, nous avons réussi à minimiser les surcoûts. Notre entrepôt de Chennevières, tout prêt de Bonneuil, réduit le transport amont. En outre, le prestataire transporte deux conteneurs avec le même tracteur. Et il a investi dans des conteneurs de 23 et 27 pieds au lieu de 20 afin de maximiser leur remplissage avec les palettes que nous utilisons. De notre côté, nous nous sommes engagés sur une période de cinq ans pour amortir ces investissements, jusqu’en 2017.
Nous sommes donc content de cette activité : la qualité et la fiabilité sont largement au rendez-vous. Et le partenariat avec Norbert Dentressangle se passe très bien. On aimerait cependant que les écluses ferment à minuit au lieu de 20h30 pour étendre les heures de chargement à Bonneuil et les heures de déchargement à Paris. Cela permettrait d’augmenter le volume marchandises en étendant la livraison fluviale à d’avantage de magasins

SL : Malgré cela, ce n’est pas suffisant pour être compétitif par rapport au transport routier ?
L.K. : Il est vrai que jusqu’à présent, malgré ces optimisations là, il existe un surcoût, partagé à 50% entre Franprix et l’aide de l’Etat. La disparition de l’aide de l’Etat au coup de pince est un vrai problème pour nous. Cette disparition pourrait même remettre en cause le projet car l’investissement deviendrait trop important. Et pourtant, au démarrage du projet, l’étude montrait que nous économisions 234 tonnes de CO2 et il y avait 1 million de gains pour la société en général. En fin de compte, les gains se résument à moins de trafic sur les routes, et donc moins de pollution et d’embouteillage. L’impact environnemental est en effet de 13 000 tours de périphériques par an, soit 450 000 km en moins à la périphérie de Paris, là où la congestion est la plus forte. Et là, nous nous sommes engagés avec TK’Blue (lire SL n°145 p.24 et 25) pour calculer cette externalité positive.

SL : Le rôle de la puissance publique a donc son importance ?
L.K. : Une collectivité ne peut pas forcément assumer des aides à une opération non rentable. Mais lorsque cette aide se transforme en gains pour la collectivité, cela peut se justifier à long terme. Nous avons donc intérêt à travailler avec les acteurs de la voie d’eau pour faire valoir cet investissement. Savez-vous que la hausse du trafic fluvial en 2013 a été portée uniquement par le projet Franprix sur l’ensemble de l’axe Seine ?
Ceci dit, nous cherchons des solutions. Nous aimerions mettre 48 conteneurs sur la barge au lieu de 26 aujourd’hui et nous sommes ouverts à un partenariat avec un industriel ou un distributeur pour y arriver. Mais même avec une mutualisation, nous serions encore dans un contexte de surcoût comparé à de la route pure. Il y a encore besoin de l’accompagnement de la puissance publique parce que la filière n’est pas suffisamment mûre pour être autonome.

Les questions des lecteurs

  • C’est un très beau projet, et pour tout dire un des rares à s’être transformé en solution concrète. Le retour d’expérience de Laurent Kamiel est très riche en informations. Franprix fait partie des acteurs moteurs dans la recherche de solutions de transports propres et innovantes en milieu urbain. Pour que ce beau projet perdure, de nombreux obstacles doivent être surpasser : les heures d’ouvertures des écluses, la rentabilité du modèle conditionnée au maintien de l’aide de l’Etat et/ou à la mutualisation des envois avec d’autres Industriels ou Distributeurs (...). Franprix a fait le plus difficile en ouvrant la porte, aux Industriels et aux autres Distributeurs de lui emboiter le pas ...

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