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Comment rendre les ports français plus attractifs ?

, par Renaud Chasle

Dans leur rapport sur la compétitivité des ports français, les députés Agnès Firmin Le Bodo et Matthias Renault formulent des propositions autour de 6 axes majeurs d’actions organisationnelles, réglementaires, économiques ou environnementales visant à rattraper le retard face aux ports européens.

Le 07 juillet, le comité d’évaluation et de contrôle des politiques publiques de l’Assemblée nationale a rendu public un rapport sur la compétitivité des ports français, rédigé par les députés Agnès Firmin Le Bodo et Matthias Renault. Alors qu’entre 1997 et 2025, les trafics maritimes transitant dans les 65 ports de commerce français ont stagné à 328 millions de tonnes en moyenne, les rapporteurs estiment que la filière souffre d’un manque de compétitivité. La stabilité des volumes s’inscrit, selon eux, à contre-courant des résultats observés dans les grands ports européens (Rotterdam, Anvers-Bruges, Hambourg) dans lesquels les trafics ont augmenté de 25 % entre 2005 et 2025. Ainsi en 2025 le tonnage des flux ayant transité par Rotterdam et Anvers-Bruges représente respectivement 1,8 et 1,1 fois le volume cumulé des trafics d’Haropa, Marseille-Fos, Dunkerque et Nantes-Saint-Nazaire.

Le poids relatif des ports français dans l’ensemble des trafics maritimes européens a ainsi diminué, passant de 18 % en 1990 à 12,3 % en 2024. Cette chute se manifeste également sur le segment conteneurisé, avec une baisse de 12 à 7,1 % sur la période. En outre, le poids occupé par les quatre premiers ports français dans le top 20 européen est passé de 17,5 % en 2005 à 12,3 % en 2024. Selon les députés, les écarts observés semblent résulter de plusieurs causes : une productivité des portiques plus faible, des cadences de manutention inférieures aux standards du « Northern Range », des rotations des navires moins rapides. Une escale nécessitant entre 3 000 et 4 000 mouvements dure 65,5 heures en France contre une moyenne de 53,5 heures dans les 25 premières économies mondiales.

« L’écosystème français est confronté à une accumulation de facteurs d’instabilité. Le ralentissement du commerce maritime se traduit par des effets de bord tels que le rallongement des délais d’attente des navires ou la volatilité des taux de fret. À cela s’ajoutent une reconfiguration récente des alliances maritimes et une accélération des évolutions réglementaires à l’échelle européenne. De plus, les ports français subissent une transformation radicale de leur modèle économique, marquée par une lente érosion des trafics d’hydrocarbures  », mentionne le rapport.

6 axes pour restaurer la compétitivité

Considérant que la restauration de la compétitivité portuaire constitue un impératif de souveraineté majeur, les rapporteurs formulent 40 recommandations orientées autour de 6 axes en vue de lever les freins :

 Axe n° 1 : Structurer le maillage portuaire national autour de stratégies de façade, en valorisant la position stratégique occupée par les ports du Havre, de Marseille et de Dunkerque. Les rapporteurs estiment nécessaire de réformer la politique portuaire en priorisant la structuration des trois axes maritimo-fluviaux Seine, Nord et Méditerranée Rhône-Saône (MeRS), dont les portes d’entrée sont respectivement Le Havre, Dunkerque et Marseille.

 Axe n° 2 : Rénover la gouvernance de la politique portuaire autour d’une stratégie cohérente et d’une loi de programmation pluriannuelle, afin de planifier les dépenses d’investissement et d’entretien des infrastructures. En termes de financement, la rationalisation des engagements financiers de l’État en faveur de l’entretien et de la modernisation des infrastructures portuaires constitue également un axe prioritaire.

 Axes n° 3 et 4 : Fiabiliser le cadre opérationnel des activités portuaires et renforcer les connexions ferroviaires et fluviales des ports français avec leur arrière-pays. En parallèle, les rapporteurs appellent à réfléchir à un principe de continuité du service portuaire, garantissant à chaque établissement la possibilité de mettre en place des plans de continuité en cas de blocage ou de mouvement social. Ils recommandent d’accroître l’intégration des processus douaniers à la chaîne logistique, en limitant les risques de surtransposition et en veillant à l’harmonisation des règles applicables. Mais aussi de simplifier la réglementation foncière et domaniale, en allégeant les formalités administratives relatives à la délivrance des titres d’occupation et en allongeant la durée des autorisations. Enfin un enjeu consiste à augmenter la connectivité des ports avec les réseaux ferroviaires et fluviaux et à multiplier les incitations au report modal.

 Axe n° 5 : Optimiser la qualité du passage portuaire par la transition numérique et énergétique. Selon le rapport, il importe d’accompagner les ports dans la digitalisation de leurs procédures, en accroissant l’interopérabilité des données et en promouvant l’intégration de technologies d’avenir. De même, la capacité des infrastructures portuaires à offrir des services de soutage en carburants alternatifs et à proposer une alimentation électrique à quai (AEQ) représente un levier décisif d’attractivité.

 Axe n° 6 : Accompagner le déploiement d’investissements. Il convient de systématiser la labellisation de sites industriels « clés en main » dans les zones portuaires et d’amplifier le soutien aux filières industrielles d’avenir, pour accélérer l’attraction d’investissements industriels susceptibles d’engendrer des trafics captifs. La création de zones portuaires d’intérêt stratégique, associant allégements de fiscalité et simplification des régimes d’autorisation, pourrait accompagner cette dynamique.


Voir en ligne : https://www.assemblee-nationale.fr/...

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