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Dans son étude 2026 sur la décarbonation du TRM, Equilibre des énergies (EdEn) estime que la bascule vers les poids lourds électrique devient techniquement et économiquement possible, sous réserve d’une baisse des coûts des batteries et d’une politique de soutien
Equilibre des énergies (EdEn) publie son rapport sur la décarbonation du transport routier de marchandises qui place l’électrification des flottes en tête des priorités. L’étude se concentre essentiellement sur les véhicules zéro émission, en accord avec le règlement européen 2024/1610 du 14 mai 2024 qui fixe à 90% la réduction des émissions du TRM en 2040.
Rappelant qu’en 2025, les immatriculations de camions électriques ont augmenté en France de 33 %, que les constructeurs ont à leur catalogue une offre diversifiée et que des stations de recharge ultra-rapides vont se mettre en place pour compléter la recharge en dépôt, EdEn estime que le poids lourd électrique est d’ores et déjà techniquement et économiquement pertinent pour certains usages et qu’il deviendra une solution de référence à l’horizon 2030. « Parallèlement, les nouvelles générations de batteries, les économies d’échelle et l’intensification de la concurrence internationale devraient conduire à une baisse significative du prix des camions au cours des prochaines années », mentionne le rapport. EdEn envisage en 2040 un prix des batteries pour poids lourds de 100 €/kWh en 2040 contre 280 €/kWh en 2025 (175 €/kWh en 230 et 120 €/kWh en 2035), un coût des batteries qui passerait de 149 500 € en 2025 à 53 400 € en 2040 et un coût moyen du poids lourd électrique, hors batteries, hors options de confort qui atteindrait 110 000 € d’ici 15 ans, contre 150 000 € en 2025. Ainsi les estimations d’Équilibre des Énergies aboutissent à un prix de revient net du poids lourd électrique, avec batteries et après aides, de 163 400 € alors qu’il serait de 238 000 € actuellement.
Sur le plan des infrastructures, deux leviers structurants se dessinent : le déploiement du standard MCS (Megawatt Charging System), permettant une recharge complète en 45 minutes, soit le temps de la pause réglementaire, et l’équipement des dépôts des transporteurs en bornes de recharge, leur offrant un accès à une électricité à coût compétitif, notamment lors des périodes de faible demande. Cette analyse repose sur l’hypothèse d’un prix moyen de l’électricité au dépôt (HT) de 0,14 €/kWh sur la période 2024-240 et de 0,39 €/kWh en ce qui concerne la recharge en itinérance.
Un choix de compétitivité
Selon EdEn, dans de plus en plus de cas d’usage, la solution du poids lourd électrique offre un avantage en termes de coût total de possession par rapport aux poids lourds thermiques. L’organisme se veut optimiste et estime qu’au plus tard en 2030, cette compétitivité s’affirmera sur l’ensemble des usages (urbain, régional, longue distance). « L’acquisition de poids lourds électriques va relever de plus en plus d’un choix rationnel de compétitivité pour les entreprises, et non plus uniquement d’un engagement volontaire ou d’une contrainte réglementaire, comme les zones à faibles émissions (ZFE) », affirme-t-elle.
Nécessaire accompagnement des PME
Mais EdEn rappelle que la bascule vers le tout électrique nécessite un accompagnement, notamment des TPE/PME. « Les petites structures de transport sont aujourd’hui confrontées à la question du financement, en raison d’un écart de prix encore important entre un poids lourd électrique et un poids lourd thermique. A cela s’ajoute une capacité moindre à négocier des conditions commerciales avantageuses auprès des constructeurs. Pour accompagner ces structures et leur permettre d’accéder à des conditions financières acceptables, Équilibre des Énergies propose la mise en place d’un mécanisme de garantie publique destiné à sécuriser les établissements bancaires et les loueurs en cas de défaillance », peut-on lire dans le rapport.
Biocarburants et biogaz : des solutions de transition
L’étude examine également la place des biocarburants et du biogaz dans la trajectoire de décarbonation du transport routier de marchandises. Si leur contribution n’est pas reconnue par la réglementation européenne qui porte sur les émissions à l’échappement, ces solutions concourent à la réduction des émissions en cycle de vie. Selon EdEn, les carburants alternatifs peuvent jouer un rôle de transition, à condition de ne pas mobiliser des ressources en biomasse limitées pour des usages pour lesquels des solutions électriques existent, au détriment de secteurs comme l’aérien et le maritime.
« La décarbonation du transport de marchandises est en marche. La technologie est prête, appelée à progresser rapidement, et l’équation économique devient favorable. Il faut une volonté politique claire pour transformer l’essai. La France doit se doter d’une stratégie volontariste et lisible, fondée sur trois piliers - des aides à l’acquisition, le déploiement des infrastructures de recharge et la compétitivité du prix de l’électricité - et bien entendu articulée avec les autres modes de transport terrestre décarbonés, ferroviaires notamment », déclare Jean-Pierre Hauet, président du comité scientifique économique environnemental et sociétal d’Équilibre des Énergies.
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