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Les chargeurs inquiets du retour de l’écotaxe

, par Luc Battais

La loi dite « climat et résilience » votée fin juillet à l’Assemblée nationale prévoit d’autoriser les régions, à partir de 2024, à instaurer une taxe sur la circulation des véhicules de transport routier de marchandises. Le spectre de l’écotaxe abandonnée en 2014 resurgit et inquiète les chargeurs de l’AUTF. Son directeur général Fabrice Accary nous dit pourquoi.

Stratégies logistique : Le projet de loi portant « lutte contre le dérèglement climatique et renforcement de la résilience face à ses effets » a été adopté le 20 juillet à l’issue d’une Commission mixte paritaire. Elle est aujourd’hui devant le Conseil constitutionnel. Comment l’AUTF a-t-elle réagi à ce texte ?
Fabrice Accary : Le seul article qui nous pose véritablement problème c’est celui qui marque le retour des écotaxes régionales sur les poids lourds. Elles vont réussir à installer une véritable distorsion de concurrence entre les transporteurs sans véritablement apporter de réponse environnementale, et surtout leur seul objectif semble de financer des infrastructures routières ce qui paraît antinomique avec une politique de réduction des émissions de CO2 du transport.
Pour les chargeurs le reste des mesures étaient soit attendu, soit n’a pas d’impact sur les chargeurs.
Avec le projet de taxe régionale on voit resurgir intacte toute la problématique initiale de l’écotaxe sur les poids lourds finalement abandonnée en 2014 : quel réseau taxé, quel montant de la taxe, quel système de collecte, à quel prix ? Pour l’écotaxe de 2014 le coût de collecte représentait entre 20 à 25% des recettes.
Nous n’avons pas d’information précise sur le sujet pour l’instant. Il semble que ce qui se prépare est un modèle de taxe qui pourra ou non être adopté par les régions. Pour nous, quand on voit les travaux menés au niveau européen sur la révision de la directive eurovignette, elle paraît dérisoire cette tentative des régions en France de se créer des recettes locales en taxant soi-disant le trafic de transit alors qu’elles vont surtout s’imposer aux entreprises et aux industries locales.

S.L : L’augmentation prévue par la loi de l’augmentation de la fiscalité sur le gazole des véhicules lourds ne vous pose pas de problème ?
F.A. : C’est une mesure que nous attendions déjà depuis un moment. Il reste qu’à notre sens, le sujet n’est pas le bon et n’intervient pas au bon moment. Car la transition énergétique du transport routier de marchandises va demander des investissements colossaux. La vraie question n’est pas comment l’Etat va taxer un peu plus le transport routier pour construire des routes –puisque la loi prévoit que la fiscalité du carburant routier ira financer l’Afitf (Agence de financement des infrastructures de transport de France, NDLR) mais plutôt : comment l’Etat va compenser la perte de recettes provoquée par la diminution de l’usage des carburants fossiles. La TCIPE représente tout de même une recette annuelle de l’ordre de 50 milliards.

S.L. : L’augmentation du prix du gazole n’est-elle pas pourtant un levier pour diminuer sa consommation et donc diminuer, si peu que ce soit, l’empreinte carbone du transport routier de marchandises ?
F.A. : Il y a aujourd’hui dans le transport routier de marchandises en France un mécanisme de répercussion de ces hausses. Les chargeurs savent très bien que les transporteurs ne sont pas en capacité d’absorber ces augmentations de coût et qu’ils vont devoir les répercuter. Dès lors, si l’Etat pour financer la transition énergétique veut s’appuyer sur le prix du carburant actuel dont l’utilisation est directement corrélée aux émissions de CO2 pourquoi pas !
Il faut cependant prendre en considération le fait que, tout comme l’écotaxe, le renchérissement du prix du transport va grever d’abord les produits pour lesquels ce transport représente une part significative du prix de vente. C’est le cas de beaucoup de produits de consommation à bas prix achetés plutôt par les revenus modestes. On a déjà observé le phénomène dans le transport maritime en conteneurs. La multiplication par 10 du coût d’acheminement d’un conteneur ces dernières années a doublé le prix de certains produits sourcés en Asie, précisément pour baisser les coûts de production.

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