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[RETRO DE l’ETE] Comment Mars et Unilever éliminent leurs fragilités logistiques

, par Renaud Chasle

Faute de pouvoir éviter les crises, Mars et Unilever s’emploient à en limiter l’impact et résorber les vulnérabilités de leurs supply chains. Les moyens mobilisés combinent le digital, l’intralogistique robotisée, les approches collaboratives et les ressources humaines.

Grands témoins d’une webconférence sur les tensions logistiques organisée par notre confrère LSA le 22 mai 2025, Mars et Unilever constatent que chaque crise soulève des fragilités au sein de leur supply. Aussi l’un des principaux défis aux yeux d’Henri Harfouche est-il « de les éliminer avant la crise suivante ». Un casse-tête reconnaît le directeur supply chain Europe de Mars face « à des crises de plus en plus globales qui impactent tous les maillons de notre chaîne de valeur : approvisionnements, production, emballages, transports, distribution… ». Depuis la pandémie du Covid par exemple, l’agroindustriel est passé d’un fournisseur unique d’emballages à plusieurs. «  Sachant que nos produits peuvent avoir jusqu’à une cinquantaine de composants, ce travail de diversification est loin d’être achevé », admet Henri Harfouche.

S’aider du digital

La lutte contre les vulnérabilités est aussi l’un des challenges d’Elodie Cheruzel. Pour réduire leur impact lors de crises, la responsable des opérations clients et supply chain France chez Unilever mise sur davantage de « flexibilité », à chaque maillon de la chaine, et « de collaboration entre ses acteurs clients, fournisseurs et prestataires  ». Les innovations digitales autour des traitements algorithmiques des données, d’intelligence artificielle et de machine learning sont des outils utilisés. « Ils donnent déjà des résultats concrets dans le domaine des prévisions de vente à condition que les données utilisées soient structurées et de qualité  », précise Elodie Cheruzel. « L’emploi de ces outils s’accélère avec l’augmentation des capacités de calculs et de traitements, leur meilleure adaptation à nos métiers et le travail mené en commun pour améliorer la qualité des données », confirme Henri Harfouche.
Ne pouvant pas éviter les crises, l’objectif selon lui est « de limiter leur impact et de répondre au plus vite aux vulnérabilités constatées à chaque maillon ». Pour y parvenir, le directeur supply chain de Mars déclare utiliser des simulations numériques. Lesquelles « modélisent différents scénarios et aident à préparer les réponses adaptées à chacun  ». Les pics d’activité, lors de ventes flash organisées par les marketplaces par exemple, ont été anticipés en termes logistiques et d’emballages notamment grâce à cette méthode confie-t-il.

Maîtriser ses flux

En raison de sa fragmentation, des volumes à gérer et de ses enjeux environnementaux, le transport est présenté par Mars comme « un maillon fragile ». Dans le but de mieux le maîtriser et le piloter, l’industriel recourt à la plateforme de visibilité en temps réel Shippeo. En parallèle, il maximise les coefficients de chargement des camions avec la solution de visualisation et d’optimisation des commandes éditée par Ortec. « Nous visons une réduction de 25 % de camions entre 2023 et fin 2025 à volume constant », indique Henri Harfouche. En plus de lutter contre les émissions du transport en supprimant les véhicules mis sur la route, l’optimisation des coefficients de chargement «  permet de réduire le nombre de quais des entrepôts et de conducteurs qui est un métier en tension  », ajoute Elodie Cheruzel. Avec la même volonté de mieux maîtriser et piloter ses flux, Unilever utilise la plateforme de tracking Project 44.

S’entourer d’experts

Les deux responsables soulignent enfin l’importance « des collaborations à long terme  » avec leurs prestataires. En témoignent les partenariats nationaux de plus de 15 ans noués par Mars avec STEF et GXO dans la logistique contractuelle. Cette longévité permet «  d’apprendre de leurs expertises sectorielles et d’investir avec eux  ». Avec GXO par exemple, Mars a développé un robot de préparation de commandes à la couche dans un entrepôt situé à Boigny-sur-Bionne (45). «  La robotisation de cette opération chronophage, consommatrice de main d’œuvre et sous tension en fonction des flux à gérer, a enlevé une vulnérabilité dans notre logistique. Elle améliore en outre la qualité de service par une meilleure fiabilité et la réduction des erreurs de préparation  », explique Henri Harfouche.
Citant la collaboration avec FM Logistic, Elodie Cheruzel abonde dans ce sens avec la conception conjointe «  d’outils digitaux de prédiction d’activité ». Intégrées aux WMS et TMS, leurs analyses au stade de « POC » tiennent compte de données exogènes comme «  la météo ou les événements sportifs. L’anticipation améliore la flexibilité de notre supply chain en complément de la robotisation et de synergies entre nos entrepôts (au nombre de 4 en France, ndlr) », commente-t-elle.

Fidéliser les talents

La mobilité des personnes est présentée aussi par Elodie Cheruzel comme un moyen de mieux gérer et d’anticiper les crises ainsi que les fragilités de la supply d’Unilever. En favorisant cette mobilité, ses futurs managers « acquièrent une vision globale de notre chaine d’approvisionnement ». Avec l’appétence pour les technologies appréciée lors des recrutements, la responsable souligne «  l’importance de la formation continue et de l’accompagnement des parcours de carrière ». Chez Mars, un programme graduate de trois ans propose aussi à ses salariés d’exercer trois métiers différents. « Cela permet d’identifier les futurs talents de l’équipe supply chain », rejoint Henri Harfouche, confirmant que les solutions de Mars et d’Unilever face aux crises et leurs tensions convergent.

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