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Baromètre Kyu : un nouvel ordre mondial pour les supply chains
L’édition 2026 du baromètre des risques supply chain Kyu acte la fin d’un cycle économique mondial. Dans un monde durablement fragmenté et instable, les crises géopolitiques et les pénuries qu’elles entraînent dominent les menaces perçues, tandis que les attaques cyber montent en gamme. Les entreprises doivent revoir leur stratégie d’approvisionnement.
Un an après l’investiture de Donald Trump, le risque géopolitique s’est nettement aggravé aux yeux des responsables supply chain, achats et risques interrogés dans le cadre du 7e baromètre Kyu [1]. 55 % des répondants jugent ainsi les crises géopolitiques comme le risque le plus critique pour leur supply chain dans les prochaines années, contre 41 % l’an dernier. Thibaud Moulin, associé du cabinet Kyu et co-auteur de l’étude, évoque un « métarisque, qui structure l’ensemble des autres risques ». Il développe : « nous sommes passés de tensions ponctuelles à une instabilité durable, caractérisée par une logique de blocs et de militarisation des échanges commerciaux entre les pays ». Parmi les épicentres de ce risque géopolitique, Taïwan, « cœur mondial des semiconducteurs » objet de convoitises et de tensions entre la Chine et les Etats-Unis, le canal de Suez toujours sous menace Houthi, le détroit d’Ormuz , voisin de l’Iran, « par lequel passe 40 % des importations chinoises de pétrole » ou encore la guerre Russie - Ukraine qui menace la stabilité européenne.
Régionalisation des supply chains
Face à des risques géopolitiques systémiques, les plans de continuité d’activité ne suffisent plus. Pour Thibaud Moulin, « les entreprises doivent intégrer la géopolitique comme une variable de conception de leur chaîne de valeur ». Les stratégies de multisourcing pour leurs flux critiques vont devenir la règle d’ici quelques années et sont déjà à l’œuvre, en particulier dans le secteur automobile. « 78 % des entreprises interrogées souhaitent déployer un double sourcing » souligne-t-il. La redondance raisonnée est de mise : deux fournisseurs, dans deux pays et dans deux zones géographiques d’approvisionnement distinctes (Europe, Amérique du Nord, Amérique du sud, Asie) afin de se départir des risques de confrontation et des barrières douanières entre les zones géographiques. Interrogé dans le cadre de l’étude, François Pierlot, directeur des achats de Décathlon témoigne ainsi « qu’au-delà de 30% de dépendance à un pays, un risque structurel existe. ».

Pénuries cycliques
Conséquence des tensions et crises géopolitiques, les pénuries de matières premières et de composants critiques, dont l’extraction ou la fabrication sont concentrés dans quelques pays, inquiètent les responsables supply chain. Ils placent ce risque en deuxième position. « Les pénuries vont devenir cycliques, pérennes. Pour certains minerais l’Europe est dépendante à 90% de la Chine. Sécuriser ces ressources est clé » observe Thibaud Moulin.
Cyberattaques dopées à l’IA
Troisième risque majeur, également systémique, les attaques cyber montent en fréquence et en impact. « Avec l’introduction massive de l’IA, les attaques changent de nature. Elles sont beaucoup plus rapide, beaucoup plus ciblées et difficiles à détecter ». Et la digitalisation des supply chains ne fait qu’étendre la surface d’exposition au risque cyber, avec un effet domino que les attaquants ont bien compris. Ce n’est pas seulement un risque IT mais bien supply chain : « Plutôt que s’en prendre aux grands groupes, les attaquants ont plus de facilité et d’impact à cibler les petites entreprises au cœur des chaînes d’approvisionnement des grands groupes ».
Parmi les autres risques, la volatilité de la demande « reste à un niveau élevé notamment à cause de l’imprévisibilité de la consommation dans un climat de tensions géopolitiques. L’inflation pèsent sur cette consommation et les ménages ont des difficultés à projeter des achats ». Cette variabilité de la demande impose aux entreprises « d’être beaucoup plus flexibles qu’elles ne l’étaient auparavant ».
en particulier « reste un sujet assez structurel » selon Kyu, liée principalement à la hausse des coûts de l’énergie et des transports ainsi que la hausse des salaires dans les bassins économiques à plus faible coût de main d’œuvre tels que le Mexique, le Vietnam ou le Bengladesh. Les droits de douanes viennent également surenchérir le coût du commerce international.
Les risques de faillites de fournisseurs, notamment des petits fournisseurs et plus généralement des PME en France, persistent également.
Voir en ligne : 7ème édition du Baromètre des Risques Supply Chain KYU
[1] L’étude a été réalisée en partenariat avec l’école des Arts et Métiers, France Supply Chain, l’Amrae et Belrim (Belgian Risk Management Association). Plus de 1000 responsables supply chain, achats et risques ont été interrogés dont 140 répondants.
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