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Les nouvelles vies du conteneur

, par Erick Demangeon

Après une quinzaine d’années passées sur les mers, le conteneur offre un vaste potentiel d’upcycling. Stockage sécurisé, habitat, bureau, piscine, espace commercial, pharmacie mobile… une économie circulaire s’est mise en place autour d’une logistique facilitée par ses standards natifs de dimensions et de modularité.

La présentation de la Pharmabox a été l’un des temps fort du salon SITL 2026. Ce conteneur maritime transformé en pharmacie mobile a été imaginé par la fondation CMA CGM, dédiée à la logistique humanitaire, et l’ONG Action contre la Faim. « Autonome en énergie grâce à des panneaux solaires, sécurisée et facilement déployable, la Pharmabox permet de stocker et de distribuer des dispositifs médicaux dans les zones où les infrastructures sont défaillantes et les chaînes d’approvisionnement fragiles, voire inexistantes », explique la fondation. Elle démontre le potentiel d’upcycling ou de surcyclage du conteneur maritime : « L’upcycling consiste à donner une seconde vie à des objets ou des matériaux sans les décomposer complètement, ni subir de traitements industriels complexes  », traduit Tony Girard à la tête de la société normande Eco Construction G spécialisée dans l’aménagement de conteneurs à Saint-André-de-l’Eure (27).

Champ des possibles illimité

Selon qu’il navigue sur des lignes longues, moyennes ou courtes distance, un conteneur maritime fait entre 4 et 50 voyages par an. Après une quinzaine d’années passées sur les mers, ses composants principaux que sont l’acier, l’aluminium et le plastique peuvent être valorisés. Une seconde voie en développement consiste à le transformer pour un nouvel usage fixe ou mobile, durable ou temporaire. La demande sur ce segment émane de secteurs divers comme l’agriculture, l’industrie, le BTP, l’armée et les particuliers. La flotte mondiale de conteneurs, d’environ 45 millions d’unités, alimente les deux filières sans problème.

Illustré par la Pharmabox, le champ des transformations semble infini : stockage sécurisé, habitats, bureaux, classes, piscines, espaces commerciaux, ateliers, garages… Modulaires et gerbables, les conteneurs peuvent créer aussi des structures à étages sans limite de largeur. «  Ils offrent des solutions durables, robustes et compétitives par rapport aux constructions traditionnelles. Ces solutions sont plus rapides à mettre en œuvre également  », confirme Mathieu Malmonté, cofondateur de Cubner, l’un des leaders de ce marché via sa filiale Calcub. Laquelle compte une dizaine de dépôts en Europe et en Afrique qui stockent d’environ 500 boîtes.

Transport et levage

Tout commence généralement sur un terminal conteneurisé portuaire ou terrestre. Selon la transformation envisagée, le choix se portera soit sur un conteneur appelé « dernier voyage », acheté au prix de l’acier (un millier d’euros environ pour un 20 pieds), soit sur un conteneur « premier voyage » ou d’occasion en meilleur état mais plus cher. «  Ils sont vendus par des compagnies maritimes représentées en règle générale par des filiales chargées de ces ventes, des loueurs et des négociants spécialisées  », rapporte Tony Girard. Dans tous les cas, les critères principaux de qualité sont l’étanchéité et la fermeture des portes. « Ils sont attestés par le certificat CSC », souligne Mathieu Malmonté qui l’exige pour ses achats. Si le modèle 20 pieds de 6 m de long et jusqu’à 2,5 tonnes à vide est le plus demandé, les conteneurs reefers conçus pour des ambiances réfrigérées peuvent être également transformés.
Sur le terminal, les boîtes sont enlevées en majorité à l’aide d’ensembles routiers plateaux équipés d’attaches twist-lock et d’une grue auxiliaire. Brangeon, Veynat, Courcelle et Hochedez sont les transporteurs sélectionnés par Calcub et Eco Construction G. A l’image de Mediaco et Autaa, filiale du groupe Charles André (GCA), une société de levage peut intervenir lorsque, par exemple, «  il y a des lots à récupérer, la configuration du site impose de déplacer le conteneur ou quand sa destination est très éloignée  », liste Mathieu Malmonté. Arrivés au dépôt, les conteneurs sont contrôlés.

95 % d’émissions évitées

Après l’aménagement du conteneur selon le cahier des charges du client, les livraisons utilisent les mêmes équipements routiers et de levage. En plus des gains écologiques liés au reconditionnement des conteneurs, Cubner s’est engagé à décarboner ses flux logistiques. « Un tiers de nos transports sont réalisés en rail-route et fleuve-route. Nous encourageons nos transporteurs à prioriser des biocarburants comme le B100 en outre. Des règles de prévention et de sécurité sont reprises enfin dans une charte de confiance signée avec eux », déclare son dirigeant.
Selon le calculateur d’empreinte carbone conçu par Cubner à partir des données fournies par l’Ademe, la réutilisation d’un conteneur maritime par rapport à une construction neuve traditionnelle réduirait de plus de 95 % les émissions de gaz à effet de serre, quelle que soit la taille du conteneur : 10, 20, 40 ou 45 pieds. L’économie en acier serait comprise entre 2 et 2,5 tonnes.

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