
- Entrepôt Michelin de 56 000 m² à Cuneo en Italie, construit par GSE
- GSE
Le manufacturier pneumatique investit massivement pour adapter ses moyens logistiques et de production face aux conséquences du dérèglement climatique. Matthias Lutz, directeur qualité supply chain de Michelin et chargé de la gestion du risque climatique, nous dévoile comment les risques sont évalués et les mesures d’adaptation identifiées.
Pour Michelin, l’enjeu est d’analyser et d’anticiper à l’horizon 2030 puis 2050 les décisions stratégiques et les investissements face aux dérèglements climatiques dans le monde. « Le sujet est porté par le top management du groupe qui a demandé à nos équipes de gestionnaires de risque de chiffrer le coût au cours des prochaines de l’adaptation de nos infrastructures aux risques climatiques, pour protéger nos biens et nos personnes et assurer la continuité de nos opérations. Sur le périmètre mondial ces investissements peuvent aller jusqu’à plusieurs milliards d’euros », confie Matthias Lutz. Le directeur qualité supply chain de Michelin a en effet en charge la gestion du risque climatique et coordonne à ce titre une équipe formée spécifiquement depuis quelques années. Celle-ci s’appuie sur des relais au sein des équipes des pôles industriels, supply chain et logistique.
Projection du risque et analyse de vulnérabilité
Pour calculer le risque climatique, Michelin s’appuie d’un côté sur des projections élaborées par Axa Climate, sur la base des scénarios du GIEC qui permettent de quantifier et qualifier l’exposition au risque climatique dans chaque région du globe où le groupe est implanté. En parallèle, Michelin procède à une analyse de la vulnérabilité site par site à l’aide d’audits de diagnostic, réalisée par des équipes formées en interne. « Ce diagnostic est primordial et permet d’obtenir une analyse très fine de la vulnérabilité, par exemple en termes d’approvisionnement énergétique en étudiant jusqu’à la configuration et l’emplacement d’une chaudière, sa potentielle surélévation pour évaluer le risque et l’impact sur le bâtiment, en cas d’inondation notamment », explique Matthias Lutz.
Adapter les horaires
Ce double travail de cartographie et de projection du risque climatique d’un côté et d’analyse de vulnérabilité au cas pas cas de l’autre côté, permet à Michelin d’identifier des mesures d’adaptation à mettre en place. « Nous identifions d’un côté des mesures « low or no capex », simples et peu coûteuses, mais aussi des investissements plus conséquents », décrit Matthias Lutz. « Cela concerne par exemple l’adaptation des horaires de travail en cas de forte chaleur, travailler de nuit, la mise en place de pauses fraîcheur, arroser les remorques des camions ou les laisser à l’ombre plusieurs heures avant de les décharger pour éviter un coup de chaud brutal à l’ouverture des portes ».
Améliorer les bâtiments
D’autres mesures consistent à adapter les installations, par exemple mieux isoler un bâtiment, ajouter un système de régulation thermique, surélever les équipements critiques de type générateur d’énergie afin de faciliter la remise en route rapide de l’activité après un incident, comme une inondation. « Des adaptations, plus lourdes et nécessairement plus coûteuses, vont impliquer des travaux de terrassement, du gros œuvre par exemple pour renforcer la structure des bâtiments face aux vents violents », ajoute Matthias Lutz.
Aujourd’hui, grâce à sa cellule dédiée et aux différents outils de diagnostic, Michelin cherche à étendre la prise en compte du risque climatique à l’ensemble de sa chaîne de fournisseurs et de prestataires logistiques. « Nous intégrons l’adaptation au risque climatique aux critères d’évaluation de nos prestataires et nous commençons à les sensibiliser en les interrogeant sur leur niveau d’exposition au risque climatique », confie-t-il.
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