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Filialisation : ce qui va changer chez Fret SNCF

, par Erick Demangeon

Au 1er janvier 2020, Fret SNCF sera filialisée. La nouvelle entreprise ferroviaire est appelée à gagner en autonomie et en flexibilité via, par exemple, la maintenance intégrée de ses matériels. Cette évolution est synonyme aussi de nouvelles offres visant à saturer ses capacités et à mieux répondre aux attentes des chargeurs.

A compter du 1er janvier 2020, Fret SNCF se présentera sous son nouveau statut de société par actions simplifiées. « Une transformation au service des chargeurs » assure Sylvie Charles. Invitée le 20 novembre lors du colloque Objectif OFP à Levallois-Perret, la directrice générale du pôle TFMM (Transport Ferroviaire et Multimodal de marchandises) de SNCF Logistics a tout d’abord précisé le périmètre de cette filialisation. « Au sein du groupe SNCF, plusieurs entreprises interviennent dans le fret ferroviaire avec différents métiers en France et en Europe » (1). Aussi la filialisation concerne-t-elle uniquement Fret SNCF en France dont le chiffre d’affaires s’élève à 808 M€ avec un effectif de l’ordre de 5 500 personnes en 2018.

Autonomie de gestion

Sous réserve du feu vert des autorités européennes, cette évolution prévoit la reprise de la dette de Fret SNCF qui s’élève à 5,2 milliards d’euros et une recapitalisation à hauteur de 170 M€. Assainie, la nouvelle SAS se donne deux ans, soit d’ici fin 2021, pour revenir à l’équilibre. Disposant déjà de comptes séparés depuis les années 90 et de moyens « détourés » depuis 2007, l’autonomie de Fret SNCF sera renforcée avec une maintenance intégrée de ses ressources via la récupération de cinq centres d’entretien. « Cette gestion intégrée optimisera le pilotage de notre maintenance, nos coûts et la fiabilité de nos matériels », déclare Sylvie Charles. En parallèle, l’entreprise ferroviaire développera ses propres services transverses et disposera de son propre certificat de sécurité pour circuler sur le réseau ferré national. « Ce certificat de sécurité sera adapté à nos activités fret ». Enfin, la directrice générale mise sur une amélioration du climat social et « des conditions de travail ajustées aux besoins et attentes de nos clients ».

Nouvelles offres

A préciser, la filialisation s’accompagnera aussi d’une refonte des offres commerciales de Fret SNCF avec l’objectif d’optimiser les capacités de l’entreprise ferroviaire. Elles s’articuleront autour « du wagon isolé pour les petits lots, le coupon de wagons et le train entier. Sur des axes prédéfinis organisés en tapis roulants industriels, les trains embarqueront indifféremment des wagons de tous les clients ». Sur ce principe qui capitalise sur la nouvelle offre dite « de coupon de wagons », Fret SNCF espère saturer les masses et longueurs des trains en mixant wagons chargés, vides et de différents types de marchandises.

Cette approche est censée apportée « plus de souplesse aux clients qui achèteront désormais une capacité et non plus des trains entiers les obligeant à adapter leurs productions et leurs stocks ». Autres avantages cités, « la robustesse et la réactivité du plan de transport » en limitant grâce à la fréquence des trains (tapis roulants industriels) de planifier des capacités de secours dédiées à un client.
A confirmer également, le lancement de cette offre s’accompagnerait de nouveaux délais de commandes plus courts : jusqu’à J-1 pour le wagon isolé et jusqu’au 5 de M-1 pour le coupon et le train entier.

(1) NDLR : Pour l’heure Fret SNCF, n’est pas une société mais la marque commerciale de l’activité transport ferroviaire de marchandise de l’EPIC SNCF Mobilité. Ce dernier (établissement public à caractère industriel et commercial) est en quelque sorte la filiale transport (voyageurs et marchandises) de la SNCF, l’EPIC SNCF réseau étant la filiale qui gère l’infrastructure, le réseau, indépendamment de la première.
Au sein de SNCF mobilités, toutes les activités transport et logistiques sont regroupées dans une division SNCF Logistics elle même segmentée par type d’activité.

L’activité Fret SNCF est placée dans le pôle TFMM (Transport Ferroviaire et Multimodal de Marchandises) spécialisé notamment dans la traction ferroviaires, aux côtés de sociétés comme VFLI, VIIA, Naviland cargo et deux filiales de commission de transport ferroviaire.
Si l’on remonte d’un cran dans l’arborescence, les autres acteurs de SNCF Logistics aux côtés de TFMM, sont Geodis et Ermewa.

La fin d’un tabou

Jusqu’à une époque finalement pas si lointaine, parler la filialisation de Fret SNCF relevait du tabou absolu pour plusieurs raisons. D’abord à cause de son coût, que la SNCF absorbe aujourd’hui, parce qu’il aurait fallu dépenser des sommes colossales pour capitaliser la nouvelle entreprise au moins à hauteur des pertes tout aussi énormes d’une activité qui n’a jamais trouvé le chemin du redressement économique malgré de nombreux plans de relance.

Côté cheminots, jusqu’en 2006 date de la libéralisation du fret ferroviaire en France Fret SNCF y disposait du monopole de la traction des trains de marchandises et évoquer l’idée de filialiser c’était prendre le risque de déclencher un mouvement de blocage notamment de la part des conducteurs qui entendaient protéger leur Statut.

Pendant des années, les grèves à répétitions à la SNCF ont été la hantise des chargeurs. On comprend aujourd’hui pourquoi Sylvie Charles insiste sur « une transformation au service des chargeurs » au moment où un sujet qui a beaucoup fâché les cheminots est remis sur le tapis.

Mais les temps ont changé. La filialisation et la recapitalisation qui viennent d’être annoncées seront menées au sein du groupe SNCF. Quant au statut, la question a été réglée à marche forcée en 2006 date fixée par Bruxelles pour la libéralisation du fret ferroviaire.
Du temps du monopole en effet, les conditions d’emploi des cheminots étaient régies uniquement par le règlement intérieur de la SNCF. Dès l’ouverture du marché de la traction ferroviaire ces conditions d’emploi devaient être définis par une convention collective applicable à toutes les entreprises de traction. Il a bien fallu la construire au sein de l’UTP avec des représentants des futurs « nouveaux entrants ».

Luc Battais

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