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L’offre routière pourra-t-elle absorber une reprise soutenue ?

, par Erick Demangeon

Après une chute de 8,3 % l’an passé, le PIB national pourrait rebondir de 6 % en 2021, provoquant une demande forte en transport routier dès cet été. Ce scénario probable semble mal apprécié par les chargeurs selon le sondage annuel de Bp2r et l’AUTF sur ce mode.

Sur fond de crise sanitaire et de ses conséquences économiques, le marché des transports routiers a connu une année 2020 contrastée. La demande est restée soutenue dans plusieurs filières comme l’e-commerce, la distribution alimentaire, la pharmacie ou la décoration et l’ameublement. Elle a en revanche chuté dans l’automobile, l’énergie, la chimie ou la restauration collective.
Côté offre, les revenus des transporteurs se sont contractés globalement de 8 % selon le Comité national routier (CNR). Après deux années records en 2018 et 2019, les immatriculations de véhicules neufs de plus de 3,5 tonnes ont dévissé de 25 % et reculait encore de 8 % à fin février 2021.
Pour 60 % des chargeurs sondés (*), ces tendances ont permis de maintenir un équilibre sur le marché des transports routiers domestiques ; 19 % l’estimant en surcapacité en particulier sur les segments spécialisés des vracs solides, liquides et pulvérulents. Présenté le 9 mars, le sondage du consultant Bp2r et de l’Association des utilisateurs de transport de fret (AUTF) montre aussi que 63 % des chargeurs, toutes filières confondues, s’attendent à une hausse globale de leurs volumes supérieure à 20 % en 2021.

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Prévisions de l’évolution des volumes
22% des donneurs d’ordres s’attendent à une forte croissance des volumes (+ de
5%) pour 2021, 11 points de plus que l’an dernier.
bp2r

Risque de défaillances brutales

Malgré cette prévision d’augmentation sensible de leurs besoins et la stabilité sinon la contraction de l’offre, les chargeurs estiment que le marché des transports routiers domestiques restera à l’équilibre cette année. Sur les flux internationaux, le manque de capacités déjà perçu en 2020 se maintiendrait en revanche. Pour Valérie Cornet, déléguée aux transports terrestres à l’AUTF, cette situation « ne serait pas structurelle » mais due « à des difficultés aux frontières, aux mesures sanitaires imposées aux conducteurs, à la désorganisation des flux et à l’introduction du paquet routier européen ».
En France comme à l’international, les difficultés financières d’une partie des transporteurs affaiblis par la crise sanitaire pourraient également contredire cet équilibre en impactant l’offre. Alexandre Vienney de Bp2r s’étonne d’ailleurs de l’opinion qu’ont les donneurs d’ordres sur la santé financière de leurs transporteurs. A 41 %, ils la considèrent « bonne voire très bonne ». Avec Valérie Cornet, il les alerte sur « le risque de défaillances brutales avec la diminution des aides de l’Etat ». Ce risque commence à être perçu semble-t-il puisque pour la première fois la solidité financière des transporteurs apparaît parmi les critères d’achat de services routiers cités par les chargeurs après la qualité, les tarifs et l’engagement capacitaire.

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Critères de sélection des transporteurs
La qualité de service, les tarifs et l’engagement capacitaire restent les trois priorités des chargeurs. Mais la solidité financière fait son entrée, passant devant la politique RSE, l’offre de service et l’innovation.

Anticiper l’été et le second semestre

Dans ce contexte, la revalorisation tarifaire estimée à 1,1 % en 2021 par les industriels et distributeurs sondés semble insuffisante aux yeux du consultant d’autant qu’elle interviendrait après une augmentation moyenne évaluée à seulement 0,17 % l’an passé. Selon Alexandre Vienney, la hausse envisagée cette année ne permettrait pas « de couvrir les investissements attendus par le marché en termes de transformation digitale et de RSE, et face à l’inflation des coûts de revient des transporteurs dont liés au Covid  ». Elle pourrait s’avérer insuffisante aussi pour sécuriser des capacités de transport si, en 2021, la croissance de la demande est soutenue et soudaine face à une offre stable voire en repli. Ce scenario très probable si succès des campagnes de vaccination Covid actuelles impose une vigilance accrue sur les capacités de transport disponibles cet été, période où l’offre diminue traditionnellement, et jusqu’aux fêtes de fin d’année. La volonté exprimée par les chargeurs de renforcer leurs liens avec les transporteurs est sans doute un bon moyen d’anticiper ce scénario.

Leviers d’optimisation

Parmi les autres enseignements du sondage, industriels et distributeurs se déclarent satisfaits de la qualité de service de leurs prestataires. Malgré la crise sanitaire, le taux moyen de reports et d’annulations constaté s’élève à 4,4 % comme en 2019. Avec le renforcement de la relation avec les transporteurs, les actions citées par les chargeurs pour optimiser et fiabiliser leurs envois routiers en 2021 concernent l’optimisation des chargements, l’emploi d’outils de pilotage et de simulation ainsi que le recours aux appels d’offres.

(*) Profil des sondés : 164 responsables transport, logistique, supply et/ou achats dont 65 % dans l’industrie, 29 % dans la distribution et 6 % « autres ».

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